Article de la Nouvelle République - 14 août 2000
La Fée Cabernote est née !


Claudette FUZEAU a conté l'histoire de la Fée Cabernote en patois, et avec tout son talent le public a apprécié.
Voué à symboliser l'identité du Bocage, une sculpture d'Antoine THOMAS a été baptisé hier. La Fée Cabernote, héroïne d'un mythe moderne, symbolise à la fois l'amour, la maternité, et la colère.

Peut-être que les Bocains ne diront plus désormais "je suis du Bocage". Mais "je suis du pays de la Fée Cabernote". C'est du moins le joli souhait de Pierre GINGREAU, à gauche sur la photo, à côté de la Fée Cabernote et de son sculpteur Antoine THOMAS.
Qu'est-ce que le Bocage ?", c'est de cette interrogation qu'est née l'histoire de la Fée Cabernote. Originaire de Boismé, Pierre GINGREAU, revenu s'installer dans sa ferme du Bocage à l'heure de la retraite, s'est demandé comment symboliser l'identité de cette région, coincée entre le Futuroscope, le Marais et le Puy du Fou. Il a pensé au cabernot, cet arbre creux typique du Bocage. Et il a pensé à une fée, héroïne d'un mythe moderne que son imagination foisonnante se chargerait d'inventer. "La Fée Cabernote" viendrait ainsi donner une définition au Bocage, un symbole identitaire. Clin d'oeil à la triple déesse indo-européenne, elle serait à la fois "mère, amante et guerrièr, comme le Bocage est une terre d'accueil, une terre maternante qui produit des hommes, et une région capable de réaction, de défense, de colère". >>
Restait à donner corps à la belle invention. Une rencontre au Symposium 1998 avec le sculpteur Antoine THOMAS a fait des deux hommes les complices d'un projet qui allaient bientôt voir le jour.

Trois dimensions
Hier en effet, "la Fée Cabernote" est née !" Haute de plusieurs mètres, naturellement sculptée dans un arbre cabernot, elle trône sur un socle tournant dans le pré qui jouxte la ferme "Place Forte" de Pierre GINGREAU, où des dizaines de personnes se sont réunies hier pour la découvrir et pour la fêter en musique, avec Camille ROCAILLEUX.
Pour le sculpteur, il aura fallu une quizaine de jours pour donner corps à celle que l'on appelle déjà "la Fée", ou même, "la Cabernote". >>

Il faut dire que pendant ses journées de travail, Antoine THOMAS a accueilli les visiteurs, habitués à ce type de démarche grâce au Symposium, et surtout curieux de voir naître sous leurs yeux le début d'un mythe, d'un symbole de leur pays.
A sa Fée Cabernote, "déesse à la fois triple mais unique", Antoine THOMAS a naturellement donné non pas trois visages, mais trois têtes de têtard, symbole des trois facettes du Bocage, qui s'érigent vers le ciel. "Certains visiteurs ont été frustrés de ne pas découvrir un visage. Mais nous ne voulions pas figer son identité, mais plutôt ses trois dimensions", expliquent d'une voix les deux hommes. Ainsi, sur cette sculpture pleine de rondeur, de sensualité et de féminité, la "mère", qui apparaissaît aussi amante et guerrière, laisse découvrir son ventre. "C'est ce qui va donner sa royauté intérieure à l'homme, c'est pour cela qu'il est rehaussé d'une couronne" explique le sculpteur. >>
La sculpture elle-même, dans cet arbre creux, est "comme une matrice", souligne Pierre GINGREAU. "Mais une matrice ouverte vers le ciel, renchérit Antoine THOMAS. Une matrice vecteur d'une respiration à la fois tellurique et cosmique".
L'histoire de la Fée Cabernote, c'est Pierre GINGREAU qui l'a inventé, mais c'est Claudette FUZEAU qui l'a raconté hier, en patois, et avec tout son talent, devant un parterre de visiteurs aux anges. Avant qu'ensemble, Pierre GINGREAU, Antoine THOMAS, Claudette FUZEAU et Régine GINGREAU ne baptisent la belle Fée, de feuilles d'ormes et de frênes...


Carine JANIN